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Publié le 18/10/2021

Face au Brexit dur, l'Europe ne doit pas se laisser impressionner

Tribune signée par les députés européens du groupe Renew : Nathalie Loiseau ; Marie-Pierre Vedrenne ; Pierre Karleskind ; Chrysoula Zacharopoulou ; Gilles Boyer ; Ilana Cicurel ; Stéphanie Yon-Courtin ; Dominique Riquet ; Stéphane Bijoux ; Sandro Gozi ; Laurence Farreng ; Irène Tolleret ; Christophe Grudler ; Stéphane Séjourné ; Sylvie Brunet ; Fabienne Keller ; Véronique Trillet-Lenoir ; Jérémy Decerle ; Valérie Hayer ; Pascal Canfin et Catherine Chabaud.

Confrontés aux pénuries alimentaires et à des pénuries de carburant, conséquences prévisibles du départ des routiers venus de l'Union européenne, les consommateurs britanniques paient aujourd'hui au prix fort le Brexit dur de Boris Johnson. Alors que « Noël pourrait être annulé » outre-Manche, les ministres britanniques font volte-face et offrent des visas aux chauffeurs européens, mais jusqu'en janvier seulement. Pendant que les Anglais paient cash les conséquences du Brexit, leurs dirigeants - qui l'ont tant vanté - cherchent encore une fois à rendre l'UE responsable de leurs propres choix.

Le 12 octobre, le gouvernement britannique a unilatéralement proposé un nouveau protocole sur l'Irlande du Nord. Soyons clairs : nous ne céderons pas à un chantage orchestré pour plaire à certains courants du Parti conservateur britannique. Non, l'Union européenne n'acceptera pas de renégociation. Il faut faire le maximum pour faciliter la vie des gens, et notamment des habitants d'Irlande du Nord. L'UE a proposé des aménagements au protocole et en propose encore. Mais le protocole n'est pas le problème. Il est une solution aux difficultés posées par le plus dur et le moins praticable des Brexit possible.
L'Union européenne a joué un rôle clé dans le retour de la paix en Irlande. Nous sommes aux côtés des Irlandais, du Nord et du Sud, qui veulent que l'accord du Vendredi saint soit respecté. Reconstruire une
frontière entre ces deux nations est exclu. Nous devons privilégier la stabilité et la prévisibilité en Irlande du Nord et dialoguer avec ses habitants. Déclencher l'article 16 du protocole - comme l'exigent certains conservateurs britanniques - risque d'aggraver les tensions.

C'est grâce à la force de notre marché unique qu'il n'y a pas de pénurie d'essence dans l'Union européenne. Marché unique dont Londres s'était fait jadis le champion. L'intégrité de ce marché ne peut être mise à mal.
Tirer les leçons du Brexit implique de préserver le niveau de vie des générations futures, non de le mettre en danger.

Sur la pêche, Londres fait là encore preuve d'une mauvaise foi grandissante et bouscule les accords post-Brexit que nous avons pourtant négociés ensemble. Que l'accès historique de nos pêcheurs aux eaux britanniques soit refusé sous des prétextes de procédure exige une réponse unie de l'UE. Le gouvernement britannique a échoué à nous diviser pour régner : que cela continue encore longtemps ! Nos communautés
côtières ne peuvent voir leurs moyens d'existence menacés parce que les Brexiters cherchent des boucs émissaires à des fins de politique intérieure. Idem sur Gibraltar : sachons rester parfaitement unis.

« Reprendre le contrôle. » Le slogan des Brexiters lors du référendum de 2016 sonne de plus en plus creux. La recherche d'une forme extrême de souveraineté nationale qui a guidé Boris Johnson lors de la négociation des accords post-Brexit se fracasse sur les réalités complexes du monde d'aujourd'hui. Tout autant que les Britanniques, n'ayons pas peur de défendre nos intérêts. Si nécessaire, la Commission doit se
préparer à prendre des mesures de rétorsion pour protéger les citoyens, les travailleurs et les consommateurs européens. L'équipe de négociation du Brexit pour l'Union européenne a été dissoute, mais la Commission doit s'armer pour une montée de tension qui est maintenant prévisible.

Il n'y a rien de réjouissant dans la réalité morose du Brexit. Le peuple britannique reste notre ami et notre allié. Mais il incombe à chacun d'entre nous de tirer les leçons des dernières années. La tromperie politique qu'est le Brexit nous renvoie au pouvoir destructeur du nationalisme populiste. La crise des chaînes d'approvisionnement à laquelle le Royaume-Uni est confronté nous montre qu'aucun pays n'est une île, pas
même le Royaume-Uni. Alors que le Brexit frappe de plein fouet, soyons prêts et souvenons-nous que notre force réside dans notre unité.

 

Tribune publiée par Les Échos le 17/10/2021

 

Photo by John Cameron on Unsplash

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